Les consultants et le grand public

Le conseil est une discipline controversée. Est-ce juste ? Une blague circule largement : un consultant demande à voir votre montre pour vous donner l’heure ; selon cet adage, un consultant ne ferait que reformuler des vérités déjà connues. Martin Kihn, écrivain provocateur, en fait même le titre d’un livre: « House of lies : how management consultants steal your watch and then tell you the time ». Une récente série télévisée américaine s’en inspire.
La vision du conseil par le grand public est formatée par des fictions qui, dans l’ensemble, présentent une image négative du consultant. Les autres titres à succès sont « Dangerous company, management consultants and the businesses they save and ruin » (1) , « Consulting demons : inside the unscrupulous world of global corporate consulting » (2) , « Rip-off : the scandalous inside story of the management consulting money machine » (3), ou encore « Les nettoyeurs » (4).

(1) James o’Shea & Charles Madigan
(2) Lewis Pinault
(3) David Craig
(4) Vincent Petitet

Des écrivains, journalistes et anciens consultants dénoncent des pratiques qu’ils déplorent, tout en arborant des titres racoleurs et des sous-titres agressifs afin de créer un maximum de sensations.
Pourquoi n’existe-t-il pas de fiction positive mettant en scène des consultants ? Il y a à cela trois raisons.

Le conseil est une activité de l’ombre Le consultant valorise son donneur d’ordre et s’efface derrière lui, en lui attribuant tout le mérite d’un succès.

Le conseil alibi – ainsi nommé car il consiste à formuler et légitimer des décisions qui sont déjà prises par le client – représente une part mineure mais visible du marché Certains cabinets s’en font une spécialité, devenant des boucs émissaires de luxe, fournisseurs captifs de personnalités soucieuses de ne pas annoncer elles-mêmes les mauvaises nouvelles. Les conséquences sur l’image du conseil en management de ces pratiques, même marginales, sont désastreuses.

Enfin et surtout, le succès d’une mission de conseil dépend des personnes qui y sont exposées Un actionnaire apprécie le succès d’une initiative de réduction d’effectifs mais un opérationnel peut le voir d’un autre œil ; or il y a plus d’opérationnels que d’actionnaires dans l’entreprise.

Les rares ouvrages qui compensent cette avalanche de critiques sont écrits par des universitaires reconnus, à l’intention d’un public de spécialistes. « The World’s Newest Profession: Management Consulting in the Twentieth Century (Cambridge Studies in the Emergence of Global Enterprise) » (5), ou « The Lords of Strategy: The Secret Intellectual History of the New Corporate World » (6) ont une approche scientifique et une vocation affichée d’impartialité. Ils évoquent à la fois les vertus et les dérives de la profession.

(5) Christopher D. Mc Kenna
(6) Walter Kiechel

Où est la vérité ? La valeur du conseil en management dépend de celui qui l’apprécie. Ce métier existe depuis plus de cinquante ans et représente un chiffre d’affaires cumulé mondial d’environ soixante-dix milliards de dollars en 2012 ; cela signifie qu’un volant important de clients, dans tous les secteurs, le trouve durablement utile. Pourtant, il n’a pas atteint un degré de maturité suffisant pour être considéré comme une activité incontestablement nécessaire par la société, au même titre que l’industrie, la banque, la politique, ou même l’audit comptable. Pour obtenir un tel consensus, il faut d’abord réconcilier la perception de la valeur du conseil entre clients et consultants, puis entre consultants et grand public.

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